Celles qui se racontent sur les réseaux sociaux VS la vie en vrai

Famille parfaite Kensington Royal
La famille parfaite - Source : TW @kensingtonroyal by Matt Porteous


Hello le monde !

J'espère que vous êtes tous raisonnables et que vous sortez masqués !

Ici, malgré le déconfinement, nous restons prudents et ne sortons pas beaucoup. Le Comte de Joinville et moi continuons à télétravailler, les pimousses ne sont pas encore retournés à l'école et la Reine Mère est venue de Bretonnie pour nous filer un coup de main pour les cours à la maison de Chouquette et pour Darwin notre lapin bélier, vu que l'adoleschiant se gère tout seul (ce qui m'évite de finir en dépression tellement j'en pouvais plus de faire la maîtresse d'école et la dame de la cantine 2 fois par jour)(d'ailleurs, je prévois de lancer une pétition pour faire attribuer la Légion d'Honneur à tous les instituteur•rice•s de France et de Navarre).

On me demande dans l'oreillette pourquoi j'ai posté cette photo de famille de nos amis Kate et William trouvée sur Twitter. Parce que selon moi, elle illustre merveilleusement le fantasme de la famille parfaite à la vie exemplaire. Explications.

Pendant ces 62 jours de confinement, j'ai travaillé (beaucoup) et j'ai pas mal traîné sur les réseaux sociaux. J'y ai vu un truc qui m'a chauffé le cerveau et qui aurait pu me filer des complexes. Des tas de mamans qui postaient tous les jours des photos de leur vie parfaite sur Instagram avec filtre Vintage Drunk Pink Butterfly, genre : je continue à travailler de mon loft parisien de rêve, étincelant de propreté et extrêmement bien rangé, que j'ai aménagé comme un hors-série de Elle Décoration, tout en faisant classe à ma tribu de 7 enfants de 3 à 10 ans et des activités DIY, Montessori, peinture-collage-sculpture-jardinage-codage HTML, entre deux cours de violon et d'anglais, sans jamais m'énerver #bienveillance #éducationpositive #zénitudetotale. Mes gosses sont tous toujours assortis, la raie au milieu, et ne font jamais caca. Je fais aussi du yoga kundalini et de la méditation, crinière au vent, tous les matins, après mon rituel beauté qui dure 2 h 38 min avec des produits que j'ai fabriqué moi-même, et avant la séance de sport dans mon salon minimaliste monochrome avec ces mêmes enfants parfaits à qui j'ai servi un petit-déjeuner équilibré, bio et détox. Je cuisine tous les soirs avec Cyril Lignac avant de débriefer en apéro Zoom avec les copines juste après. En 62 jours, j'ai pondu 124 repas gastronomiques jamais identiques, 329 recettes vegan/healthy/sans gluten ni BPA ni testé avec cruauté sur le chat, et 6 best sellers qui ont déjà enregistré 5634 pré-commandes chacun. Sur mes photos et ma chaîne YouTube, je suis magnifaïke ma chérie (et j'ai pas de cernes), j'ai un mec magnifaïke mon chéri et je n'ai pas pris un gramme #nofilter #nomakeup #noshampoo #naturalgirl #62jourssansmelavertoutvabien #AmourGloireetBeauté ...

MAIS BORDEL, COMMENT ELLES FONT ALORS QUE JE N'AI QUE 2 ENFANTS ET 1 LAPIN ??? Leurs journées ne font pas que 24 heures comme les miennes ? Elles dorment quand ? Elles prennent quoi pour être aussi cool ? Comment ont-elles une maîtrise aussi parfaite de leur vie impeccable et 110% de réussite en tout ? Quel est leur secret ? Elles font partie de la famille royale d'Angleterre ou bien quoi ?

A la vue de ce déferlement de perfection, en tout premier, j'étais jalouse, je l'avoue ... 

Pas pour le mec parce que le mien est vraiment magnifaïke (il ressemble à Keanu), ni pour les enfants parce que j'ai deux pimousses épuisants mais exceptionnels (ils ressemblent à leur mère), ni pour la maison parce que j'ai la chance d'en avoir une grande avec jardin et barbecue de ouf. 

Je les ai enviées parce qu'à première vue, moi aussi, je voudrais pouvoir poster des photos hyper flatteuses où je suis top canon, sans mes cheveux gras qui disent merde à la brosse, mes cernes de panda sous speed et tous mes kilos en trop. Moi aussi, je voudrais avoir assez de temps pour faire des tas de trucs intelligents avec mes enfants. Moi aussi, je voudrais avoir assez de temps pour faire des tas de trucs intelligents pour moi seule. Moi aussi, je voudrais une déco hygge avec tous les meubles en blanc et un plaid en poils de yaks bhoutanais. Moi aussi, je voudrais pouvoir être toujours zen face à mon ado totalement désinvolte qui arrive à me faire perdre mon calme en 3 secondes et que j'ai souvent envie de bâillonner avec un gros rouleau de scotch gris. Moi aussi, je voudrais faire des wedding cakes trop croquants gourmands sans œuf, ni lactose, ni farine, ni sucre, ni levure. Moi aussi ... moi aussi ... toujours plus plus plus !

Mais wait a minute ! En y réfléchissant bien, j'ai déjà beaucoup de tout ça dans la vraie vie ... enfin, presque (oui, il me manque toujours ce corps de rêve que je vois dans ma tête mais pas dans mon miroir)(mais j'y travaille, j'ai enfin un abonnement dans une salle de sport avec un coach impitoyable). Pendant ces 62 jours, j'ai appris à ma fille à broder, tricoter et l'ai incité à regarder des tutos pour s'initier à la couture et faire des petites robes à ses poupées. Je lui ai fait découvrir des films de Bollywood, les séries Glee et Jane the Virgin, Britney Spears, Adèle et des grands classiques de la musique (merci Netflix et Deezer). Nous avons chanté à tue-tête des après-midis entiers tout en traduisant les paroles en anglais. Nous avons parlé d'histoires d'amour, petites et grandes. J'ai eu des débats animés avec mon fils sur la politique, les religions, le féminisme, son argent de poche, les droits des animaux et les conditions de vie de notre lapin domestique, l'utilité de l'option "arts du cirque" dans son cursus et le jeûne intermittent (entre autres sujets). Pour se faire plaisir, nous avons fait des "repas à tout" où nous avons mis sur la table tout ce qu'on avait envie de manger : corn flakes, tartines de peanut butter et confiture, olives et chips, saucisson et reste de riz sauté, soda et fromage grillé. Après ces dîners pas du tout équilibrés, nous avons joué à des jeux de société, tous les quatre ensemble. Je me suis finalement découvert des talents en pâtisserie, en jardinage et en décoration, même si mon chez moi ne ressemble pas à La Maison France 5. J'ai pris la décision de me récompenser en m'offrant des produits de beauté Typology, un abonnement au magazine Koï, une chouette cocotte Cookut et les trois premiers romans de mon amie Julie Giordano que vous pouvez retrouver ici sur Facebook. J'ai pris le temps de buller dans mon lit et dans le jardin. J'ai amorcé un projet que j'avais longtemps gardé dans un coin de ma tête, sur les encouragements enthousiastes de mon cher mari. En parallèle, j'essaie d'entamer un travail sur moi-même et mes émotions négatives en cherchant un psy/coach/marabout-qui-répare-les-PC-et-fait-revenir-l'être-aimé parce que, comme dirait mon ado : "Si on t'a donné une configuration de merde, tu peux faire des mises à jour.".

Bon, dans mes coulisses, je n'ai jamais le temps de préparer un vrai petit-déj' chaque matin (pourquoi j'ai présentement la chanson de la pub Ricoré dans la tête ?) et j'ai toujours 70 jours de ménage en retard, 40 mètres-cubes de cartons non-déballés alors que ça fait 4 mois que j'ai déménagé, une pile de linge propre plus grande que l'Himalaya et qui attend d'être pliée, un salon qui a la toile du plafond qui se décolle, des meubles à commander chez le maléfique Suédois pour parfaire la déco, des plantes à acheter et des pots de fleurs à repeindre avec La Mère Cane, des kilos de poils à épiler et des cheveux fous à dompter, des points noirs et 20 kilos de gras à faire disparaître, de la grosse colère et des crises d'angoisse à gérer. C'est pas très instagrammable, tout ça. C'est juste la réalité.

Mais finalement : ET ALORS ?
Comme je viens de le dire, ça se passe en coulisses et personne ne le montre. On ne poste que les meilleurs clichés du quotidien mis en scène pour les réseaux sociaux. C'est cela qui véhicule cette sorte d'injonction subliminale, de pression de la famille parfaite à la vie idéale. Ce truc qui vous fait bouillir le cerveau et transpirer d'envie, alors que si on gratte un peu le vernis, il n'y a rien de parfait sauf la perfection qu'on veut lui donner. Tout est question d'apparence et de perception. Acceptons d'être ce que nous sommes et de nous remettre en question. Acceptons de faire au mieux avec ce que nous avons en main. C'est déjà très bien, non ?

Et la cerise sur le sushi ? 
Rappelez-vous que toutes ces nanas si parfaites sur le net ne bousent pas des paillettes, auront un jour ou l'autre plein de cheveux blancs (et peut-être les seins qui tombent) et grillent parfois des fusibles hors caméra. Elles font toutes partie du commun des mortels, voilà tout.

A méditer ...

Sophie qui est heureuse de retrouver l'ami Ricoréééé




Commentaires

  1. J'adore. Ca faisait tellement longtemps que je ne te lisais plus... Le bonheur !

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Un dernier mot, Jean-Pierre ?

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